A l’est

Le ciel est brouillé, la brume ne se lève pas. Personne ne parle anglais, et je ne sais rien dire en chinois. Ça fait des jours que j’essaye de retenir ‘eau’, ‘ici’, ‘stop’, ‘tu te fous de ma gueule ça vaut pas 200 yuans’, mais ça veut pas.

L’alcool local me décolle le cerveau, je ne sens plus mes poumons, c’est la pollution. Je n’irai plus jamais au marché en sandales. Je ne monterai plus jamais dans un taxi, ou dans un tuc-tuc, ou sur un scooter. D’ailleurs je vais simplement éviter d’aller dans la rue.

Les gens me dévisagent, nous dévisagent. Ils rigolent, ils nous prennent en photo, nous crient dessus. On ne comprend rien et ça les fait rigoler. Puis crier encore.

Tout commence en retard, tout est incompréhensible, crade, salé, épicé. Il y a des rats, de la poussière, des crachats, du bruit, tellement de bruit. Il faut se contenter de sourire pour tout dialogue, et chanter en public sans connaître les paroles.

Mais maintenant que l’on va partir, je ne me rappelle que des rires, que des couleurs. Ces semaines paumées au sud de la Chine ont eu une saveur unique, bordélique et joyeuse.

© Agathe Armand
© Agathe Armand

Les bateaux partent demain et je décolle lundi. Où que j’aille, je veux me rappeler de Sanya.

Je veux me rappeler de cette aube où, en courant, j’ai traversé un groupement de préfabriqués où habitent les ouvriers. C’était le petit matin, des mecs faisaient cuire des nouilles dans la rue et des rats couraient parmi les ordures.

Un type s’arrête et me salue. Comme ça, en anglais, à 3000 kilomètres de Pékin, au milieu d’un tas de gravas – ‘Morning !’ Avec l’accent.

Je veux me rappeler de ce soir où j’ai croisé le regard de la femme qui nettoyait le centre de presse et qui s’est arrêtée derrière l’ordinateur d’Ainhoa la photographe.

La face burinée, les yeux éberlués, elle regardait les images défiler sur l’écran. Elle m’a vue la regarder, et a fait un grand, un immense sourire. Elle n’arrivait pas à détacher ses yeux des photos. On a commencé à rigoler toutes les deux, j’en avais les larmes aux yeux.

Je ne sais pas si je reviendrai jamais à Sanya. Mais je m’en rappellerai longtemps, parce que la vie y est très dégeu, et très heureuse.

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